Le stonewalling, dans un couple, désigne le moment où l'un des deux cesse d'être un interlocuteur pendant la dispute : il ne répond plus, ne hoche plus la tête, ne regarde plus. Le mot existait déjà en anglais courant — faire mur, opposer une paroi de pierre ; c'est le psychologue américain John Gottman qui l'a intégré à son modèle du couple, après avoir filmé des conjoints en désaccord pendant plus de quarante ans. Le terme décrit une position, pas une intention.
Cette distinction commande tout le reste. Un mur observé ne dit pas, à lui seul, ce qui se joue derrière — et lorsqu'il s'installe durablement, quelque chose s'est généralement déjà usé dans la manière dont ce couple se dispute.
Le terme est emprunté au vocabulaire courant anglais — faire mur, opposer une paroi de pierre. John Gottman l'a repris pour nommer ce qu'il observait dans le laboratoire qu'il avait monté à l'université de Washington, où des couples acceptaient d'être filmés pendant qu'ils discutaient d'un désaccord, capteurs physiologiques posés. Ce dispositif a rendu visible quelque chose que la mémoire des conjoints ne restituait pas : le moment précis où l'un des deux cesse d'être présent.
Car le stonewalling n'est pas exactement du silence. Une personne peut se taire tout en restant un interlocuteur : elle regarde, elle hoche la tête, son visage bouge. Ce que Gottman a filmé est autre chose — la disparition de ces signaux. Le regard part ailleurs, le visage se fige, le corps se détourne légèrement, les petits sons d'écoute cessent. L'autre continue de parler à quelqu'un qui n'est plus là. C'est pour cela que l'expérience est si déroutante à vivre : rien n'a été refusé, aucune porte n'a claqué, et pourtant l'échange s'est arrêté.
Gottman rattache ce retrait à un état corporel qu'il appelle le débordement physiologique : au-delà d'un certain niveau d'activation, le rythme cardiaque grimpe, des hormones de stress sont libérées, l'attention se rétrécit, et traiter des arguments devient hors de portée. Il décrit alors le mur comme une tentative d'apaisement — une sortie compréhensible plutôt qu'une manœuvre. C'est aussi pourquoi il recommande, plutôt que de forcer la discussion, des pauses délimitées : au moins vingt minutes, le temps que le corps redescende.
Une réserve s'impose ici, et elle vaut pour tout ce qui suit. Ce que l'on observe est un comportement, pas une intention. Le débordement physiologique explique une grande part des murs, il ne les explique pas tous : un retrait peut aussi relever d'un évitement installé, d'un refus d'engager la discussion, ou d'un rapport de pouvoir. Rien dans la scène elle-même ne permet de trancher. Ce sont le contexte, la répétition et la possibilité d'une reprise qui donnent au mur sa signification.
Gottman a regroupé sous le nom de « quatre cavaliers » les comportements dont la présence durable, dans la manière dont un couple se dispute, annonce le plus fidèlement la séparation. Il y a la critique, qui vise la personne et non le comportement — « tu es égoïste » plutôt que « tu es rentré tard sans prévenir ». Il y a le mépris, qui ajoute la supériorité à l'attaque : le sarcasme, le ricanement, les yeux levés au ciel. Il y a la défensive, qui retourne toute remarque en accusation inverse ou en justification, et qui empêche la moindre réparation. Et il y a la dérobade — le stonewalling.
Dans le modèle de Gottman, le mur apparaît souvent après que la critique, le mépris et la défensive ont chargé les échanges : cette négativité met du temps à devenir assez lourde pour que le retrait s'impose comme une issue. Cet ordre est fréquent, il n'est pas une séquence obligatoire dans chaque couple — et il ne retrace pas l'histoire individuelle de celui qui se retire. Il décrit surtout une dynamique devenue difficile à réguler.
Un point mérite d'être posé clairement, car il est régulièrement inversé dans les vulgarisations : ce n'est pas le stonewalling que Gottman désigne comme le meilleur prédicteur de la séparation, mais le mépris. Un couple où l'un se mure de temps en temps peut tenir et se réparer. Un couple où l'un regarde l'autre de haut est dans une autre situation.
Le mur produit par ailleurs un effet en retour. Face à quelqu'un qui décroche, l'autre a rarement le réflexe de reculer : il insiste, élève la voix, relance, cherche une prise. Cette configuration — l'un demande, l'autre se retire — a été étudiée en dehors du laboratoire : Lauren Papp, Chrystyna Kouros et E. Mark Cummings (2009) ont fait tenir un journal de bord à cent seize couples américains sur leurs conflits à la maison, et ont mesuré que ce schéma s'accompagnait d'émotions négatives plus fortes et d'un niveau de résolution des conflits plus faible. Leur résultat contredit au passage une idée reçue : chez eux, la configuration « elle demande, il se retire » et son inverse apparaissaient à fréquence égale.
Une même scène — quelqu'un qui ne répond plus — peut recouvrir des situations très différentes, et c'est la distinction la plus utile à tenir. Un retrait qui se déclenche pendant l'échange, sous la charge, et qui cède quand le corps redescend, ressemble à un mécanisme. Un silence qui s'installe après le conflit, se prolonge, se répète et laisse l'autre suspendu ressemble davantage à une position — quelque chose qui organise la relation plutôt qu'il ne la traverse.
Le repère qui les sépare n'est ni l'intensité ni la durée : c'est ce qui se passe ensuite. Un mur qui tombe, suivi d'un mot — même tardif, même gauche — sur ce qui s'est passé, laisse le conflit réparable. Un mur qui se lève sans que rien ne soit dit, comme si la scène n'avait pas eu lieu, laisse le conflit entier et le prépare à revenir. Répétée assez souvent, cette absence de reprise finit par produire les mêmes effets qu'une sanction, y compris lorsque rien n'a été organisé pour punir. C'est à cet endroit précis que le mur cesse d'être un accident de conflit pour rejoindre le silence punitif.
Il y a une lucidité inconfortable à tenir ici. Reconnaître qu'un comportement n'est pas nécessairement malveillant ne le rend pas anodin : on peut être épuisé par une usure que personne n'a orchestrée. Et symétriquement, ne pas pouvoir prouver une intention n'oblige pas à conclure qu'il n'y en a aucune. L'intention de l'autre n'est de toute façon pas la mesure de ce que l'on encaisse — attendre de savoir « s'il le fait exprès » pour s'autoriser à trouver la situation invivable revient à confier son propre baromètre à quelqu'un qui, précisément, ne répond plus.
Ce que le travail de Gottman apporte n'est donc pas un verdict sur un partenaire, mais un déplacement du regard : du mur lui-même vers ce qui l'entoure. Quelque chose se répare-t-il, ensuite ? Le sujet peut-il être rouvert un autre jour ? Le mépris — le cavalier réellement dangereux — est-il présent dans les échanges ordinaires ? Ces questions disent bien davantage sur ce qu'un couple est en train de devenir que la longueur d'un silence.
| Repère | Plutôt stonewalling | Plutôt silence punitif |
|---|---|---|
| Moment d'apparition | Pendant l'échange, en direct | Après l'échange, et il s'installe dans la durée |
| Fonction dominante possible | Se protéger d'un débordement | Exercer une pression, maintenir un rapport de force |
| Rapport au conflit | Le sujet devient inaccessible | Le sujet reste suspendu au-dessus de l'autre |
| Répétition | Épisodique, lié aux pics d'intensité | Récurrent, et suivant un motif reconnaissable |
| Reprise | Une reprise reste possible, parfois maladroite | Le silence se lève sans un mot sur ce qui s'est passé |
| Ce que l'ensemble suggère | Une régulation mal ajustée | Un déséquilibre installé dans la relation |
Nommer un comportement ne le résout pas, mais cela change la place qu'on lui donne. Tant que le mur reste illisible, il occupe tout l'espace mental : on le retourne, on lui cherche des intentions, on se demande ce qu'on a fait. Une fois qu'on sait qu'il s'agit d'un mécanisme documenté, observé chez des milliers de couples, filmé et mesuré, il redevient une chose parmi d'autres — pas moins pénible, mais moins énigmatique.
Ce déplacement a une conséquence pratique. Il libère de la tâche impossible qui consiste à deviner ce qui se passe derrière un visage fermé, et il rend disponible pour une question plus utile : ce qui se passe après. Non pas combien de temps le mur a tenu, mais si quelque chose s'est rouvert ensuite. Non pas si l'autre l'a fait exprès, mais si le sujet peut revenir un autre jour sans que tout recommence.
Un couple ne se juge pas sur sa capacité à ne jamais se murer. Il se juge sur ce qu'il fait des murs qu'il construit.
C'est le retrait d'un partenaire pendant un conflit : il cesse de répondre, de regarder, d'émettre les petits signaux qui font de lui un interlocuteur. Le mot vient de l'anglais courant et signifie littéralement « faire mur » ; John Gottman l'a intégré à son modèle du couple et en a fait le quatrième de ses quatre cavaliers.
Il se distingue du simple fait de se taire. Une personne peut ne rien dire tout en restant présente : son visage bouge, son regard revient, elle acquiesce. Le stonewalling est la disparition de ces signaux. L'autre continue de parler à quelqu'un qui n'est plus là, ce qui rend l'expérience si déroutante : rien n'a été refusé, aucune porte n'a claqué, et pourtant l'échange s'est arrêté.
Gottman le rattache le plus souvent à un état de débordement physiologique : au-delà d'un certain niveau d'activation, le rythme cardiaque grimpe, l'attention se rétrécit, et traiter des arguments devient hors de portée. Cette explication couvre une grande part des situations, mais le comportement observable ne suffit pas à établir l'intention de celui qui se mure.
John Gottman a regroupé sous ce nom quatre manières de se disputer dont la présence durable prédit le mieux la fin d'un couple. La critique attaque la personne au lieu du comportement : « tu es égoïste » plutôt que « tu es rentré tard sans prévenir ». Le mépris ajoute la supériorité à l'attaque — sarcasme, ricanement, yeux levés au ciel. La défensive retourne chaque remarque en justification ou en accusation inverse, ce qui rend toute réparation impossible. Le stonewalling, enfin, est la dérobade : le mur.
Dans son modèle, le mur apparaît souvent après que les trois autres ont chargé les échanges — cette négativité met du temps à rendre le retrait compréhensible. Cet ordre est fréquent, il n'est pas obligatoire dans chaque couple.
Un point est régulièrement inversé dans les vulgarisations : ce n'est pas le stonewalling que Gottman désigne comme le meilleur prédicteur de la séparation, mais le mépris. Un couple où l'un se mure parfois peut se réparer ; un couple où l'un regarde l'autre de haut est dans une situation plus abîmée.
Le comportement seul ne permet pas de le dire. Le retrait survient souvent chez quelqu'un que l'échange a débordé, et dans ce cas il ne vise rien. Mais il peut aussi participer d'un évitement installé, d'un refus d'engager la discussion, ou d'un rapport de pouvoir — rien dans la scène elle-même ne tranche entre ces lectures.
Ce qui permet d'en comprendre la fonction, c'est le contexte : la répétition, le moment où il survient, et surtout la possibilité d'une reprise. Un mur qui tombe, suivi d'une explication — même tardive, même maladroite — laisse le conflit réparable. Un mur qui se lève sans que rien ne soit dit, comme si la scène n'avait pas eu lieu, laisse le conflit entier et le prépare à revenir.
Répétée assez souvent, cette absence de reprise finit par produire les mêmes effets qu'une sanction, y compris lorsque rien n'a été organisé pour punir. Reconnaître qu'un comportement n'est pas nécessairement malveillant ne le rend donc pas anodin : on peut être épuisé par une usure que personne n'a orchestrée.
Insister augmente le plus souvent la charge. Face à quelqu'un qui décroche, le réflexe habituel — relancer, élever la voix, chercher une prise — nourrit précisément ce qu'il cherche à fuir. Lauren Papp, avec Chrystyna Kouros et E. Mark Cummings (2009), a mesuré chez cent seize couples que ce schéma « l'un demande, l'autre se retire » s'accompagnait d'émotions négatives plus fortes et d'une résolution des conflits plus faible — sans que l'un des deux rôles soit propre à un sexe : les deux configurations apparaissaient à fréquence égale.
John Gottman recommande des pauses délimitées plutôt que des ruptures indéfinies : au moins vingt minutes, le temps que le corps redescende, avec l'engagement explicite de reprendre. Ce n'est pas la même chose que laisser le sujet tomber : la pause a un terme annoncé, le mur n'en a pas.
Le repère à observer, ensuite, n'est pas la durée du silence mais ce qui suit. Le sujet peut-il être rouvert un autre jour sans que tout recommence ? Le mépris — le cavalier réellement dangereux — est-il présent dans les échanges ordinaires ?
Cet article a une vocation éducative et ne remplace en aucun cas un accompagnement thérapeutique. Pour un soutien personnalisé, consultez un professionnel de santé mentale.
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